07/07/13

promenade murat

Aujourd’hui, les activités sont mises entre parenthèses : les participants quittent Chalinargues pour Murat, une route de dix kilomètres rythmée par les chants que nous avons désormais tous en tête ! Après trois heures de marche sous un soleil de plomb, nous trouvons refuge dans une clairière et pique-niquons avant de poursuivre la marche vers les hauteurs, vers le chemin de Bonne-vie qui conduit à l’imposante statue de la Vierge qui supplante la ville de Murat.

hauteurs de murat

Finalement arrivés au centre, les jeunes meurent littéralement de soif mais la fontaine n’est pas potable ! Une habitante court remplir des bouteilles et nous en profitons pour bavarder. Comme nous, elle ira voir le concert de chant géorgien que donne le chœur féminin Samshabati à 17h. Il s’agit en vérité d’un parcours en musique, les chanteuses emmenant leur public dans les rues de Murat. Ce spectacle est l’occasion d’une rencontre entre le chœur Samshabati et nos propres participants géorgiens qui sont chaudement invités à se joindre à la performance. C’est un véritable tôlé d’applaudissement qui accueille cette union musicale. Après plusieurs bis, les géorgiens invitent le chœur à venir leur rendre visite : « Nous vous attendons ». Ces femmes, profondément sensibles à la culture et la musique géorgienne en sont si touchées que le concert se fini par des embrassades, les rires et les larmes.

concert georgien

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06/07/13

Aujourd’hui, c’est la fête nationale ukrainienne de la Saint Jean, « Cupala » et les participants nous font découvrir leurs traditions. La répétition chorale est précédé par un atelier où les jeunes filles apprennent à faire des couronnes de fleurs : la dextérité des ukrainiennes contraste avec la maladresse des novices… !

couronnes de fleurs

Quelques heures plus tard, nous nous acheminons vers le Couderc où les habitants ont été invités. Suivant la coutume ukrainienne, les jeunes filles jettent leurs couronnes dans l’eau : chaque garçon doit pêcher une couronne sur laquelle est inscrit le nom de la propriétaire. Le couple serait alors destiné à se marier, mais pour l’occasion, nous nous contentons d’une bise… L’eau étant par ailleurs passablement croupie, les garçons ne se jettent pas dans l’eau comme ils devraient, mais s’aident à coup de balais !

peche

Les ukrainiennes portent des costumes traditionnels dont elles expliquent la symbolique : la couleur noire de leurs gilets représente le malheur ; le rouge l’amour, comme les nombreuses fleurs qui y sont brodées.  Les ukrainiens invitent alors le public à prendre part à plusieurs jeux populaires comme « Podolanochka ».

ronde fete ukrainienne

La nuit tombée, la fête continue : les participants mettent feu à Mara, mannequin de paille symbolisant les maux donc souffre les populations, maladie ou guerre. Tous doivent alors prendre leur courage à deux mains et sauter au dessus du feu ! « Si un couple saute ensemble, leur bonheur sera durable ! » explique une ukrainienne. Ses paroles sont aussitôt suivies de sauts entre amis, mariés, suivis même par les jeunes enfants !

feu

04-05/07/13

À la demande des leaders, les ateliers de danse, théâtre et chant sont encore ouverts à tous. Les jeunes peuvent donc bénéficier d’une introduction  à chaque activité pour pouvoir ensuite choisir à laquelle participer.

Le leader bulgarien multiplie les exercices de groupe : l’un d’entre eux consiste à se mettre tous assis en cercle, la tête sur ventre de son voisin. Quand le cercle est complet, une personne extérieure retire progressivement toutes les chaises, et l’équilibre de ces positions permet au groupe de tenir –presque confortablement !

jeu théâtral

C’est une participante suédoise qui s’occupe de l’atelier chant aujourd’hui : nous faisons une quinzaine de propositions en lien avec la discussion d’hier : créer un scénario en lien avec le théâtre pour créer un spectacle chanté ; commencer par chanter des chant traditionels et les faire évoluer vers un langage plus abstrait grâce à des exercices d’improvisations ; mêler les instruments géorgiens aux chants bulgares et suédois…

La vie en communauté s’organise : de grands panneaux permettent aux participants de suivre l’emploi du temps ; un système de tri a été mis en place sous l’impulsion d’une jeune auvergnate !

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03/07/13

Ce matin, les participants se réunissent dès 9 heure : le groupe italien s’est chargé du « Warm up » et nous enchaînons les étirements, les exercices de souplesse et de concentration. Une des italienne explique qu’en danse contemporaine, le rapport au sol et à l’espace est central. Le groupe doit donc apprendre à marcher dans la pièce en occupant l’ensemble de l’espace, changeant de niveaux ou de vitesse.  Succède l’exercice des « statues » : la moitié des jeunes doit tenir les positions –alambiquées !- que les autres leur impose : « Tenir une position c’est aussi danser, concentrez-vous ! ».

warm up statues

 Nous poursuivons la matinée par une grande réunion introduite par Cécile Bruneteau, administratrice d’Euroculture : « Vos ateliers doivent se coupler de plusieurs temps de discussion pour tenter de définir ce que recouvrent les termes de « Rural Citizen ». Nous allons nous séparer en plusieurs groupes mixant les nationalités : trouvez votre méthode, jeux ou discussions ». Munis de feuilles et de feutres, les petits groupes s’éparpillent dans le gîte. Certains abordent d’emblée les objectifs personnels qui les ont menés à vouloir participer à cette rencontre et font des propositions concrètes pour les mettre en œuvre. D’autres présentent la culture, l’histoire et les problématiques actuelles de leurs pays. Nous prenons conscience que les pays du Caucase sont historiquement tous influencés par la période soviétique et que leur rapport à l’Europe est complexe. Les jeunes évoquent les barrières existantes à l’intérieur même de leur pays : « Etre citoyen de l’Europe ? Ca n’a rien à voir à l’est et à l’ouest… » affirme une ukrainienne. La « fuite des cerveaux » est déplorée en Italie comme en Bulgarie ; les problème d’immigrations et d’intégrations sont évoqués à plusieurs reprise ; une jeune du Cantal parle de  l’indifférence que témoignent de nombreux français devant ces problématiques européennes.

 discussions 1

discussion 2

Revenus dans la salle commune, c’est finalement sur une note plus optimiste que les différents groupes concluent leurs discussion. Certains ont constatés que nous entretenons de nombreux clichés et lieux communs. Seule la rencontre réelle avec l’autre permet de s’en détacher. Elle permet de s’intéresser plus personnellement et profondément aux perspectives qu’offre une Europe aux enjeux économiques et politiques parfois lointains de ce qu’elle nous évoque.

« Lors de ces rencontres, on se rend compte que malgré des traditions et un passé complètement différents, nous partageons des valeurs communes » résume une participante. Chaque récit fait écho à des émotions, des souvenirs dans l’ensemble du groupe : plusieurs d’entre eux rappellent l’importance des autres formes de communication telles que la danse, le théâtre ou la musique.

 

fin discussion

 

Dans ses mémoires, Claude Lanzmann écrit :

« À ceux qui, me parlant des Chinois ou des Japonais, m’avaient répété à satiété qu’ils ne comprendraient jamais rien à un film comme Shoah, que ce n’était pas leur expérience ou leur monde, j’avais toujours répondu avec entêtement : « Mais pourquoi ? Il n’y a qu’une humanité. Si je suis capable, moi, d’être profondément remué par un film d’Ozu, comme Voyage à Tokyo, je ne vois pas pourquoi un japonais ou un Chinois ne pourrait l’être, de la même façon, par Shoah ».  C’est toujours le plus particulier qui fait accéder à l’universel, cela s’appel l’universel concret.  Je me souviens de mon bouleversement, de mon admiration, devant un film turc, Yol, de Yilmaz Güney, qui épouse heure par heure la semaine de permission de détenus d’une prison (…). Ces hommes si éloignés de moi m’étaient pourtant proches et fraternels, même s’ils avaient été formés par d’implacables traditions qui ordonnent la tragédie sur laquelle le film se conclut. Jamais je ne compris aussi bien que les humains ne sont humains que parce qu’ils ont la capacité de transformer en valeur ce qui les opprime et de s’y sacrifier. C’est l’humanité même, mais cela peut s’appeler aussi bien tradition, on l’a vu, et plus encore, culture. »

 La journée ne se clôt pas sur ces méditations : après la chorale, les jeunes participent à l’atelier d’aérobic !

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02/07/13

Les participants du projet Rural Citizen sont arrivés hier à Chalinargues ! Après s’être reposés de leur long voyage, les jeunes se rejoignent dans l’après-midi afin de prendre part à différents jeux organisés par deux moldaves. Courses effrénées, concours de mémoire nous permettent de faire connaissance (il faut saluer la performance : grâce à ces jeux, après moins de deux heures, nous connaissions les 50 prénoms des participants  !)

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Nous regagnons finalement les gîtes pour une réunion avec les encadrants du projet : Laurent Festas en présente les différents acteurs  et précise qu’il est avant tout participatif. Il n’est pas question de suivre un programme décidé par quelques-uns : les jeunes doivent eux-mêmes proposer et gérer les activités, organiser la vie en collectivité et élaborer  les objectifs de cette rencontre. Les leaders de chaque pays se présentent à leur tour : un mois auparavant, ils s’étaient en effet rendus à Riom-ès-Montagnes afin de préparer la rencontre. Tous ont collecté avant le départ pour le Cantal des histoires, des propositions d’ateliers et plus concrètement des partitions pour la chorale, activité réunissant l’ensemble des jeunes trois heures par jour pendant trois semaines.

C’est d’ailleurs l’heure de la première répétition avec Rémi Tridot, président d’Euroculture et chef de choeur durant la rencontre. Certains chantent dans une chorale pour la première fois, aidés par les plus expérimentés : tous tentent de répéter les paroles des premiers chants étudiés, bulgares et arméniens.

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Présentation du projet « Rural Citizen »

Dans le cadre des rencontres européennes organisées chaque année par Euroculture, une cinquantaine de jeunes  venus de pays d’Europe et du Caucase  viennent rejoindre le groupe de jeunes locaux et les habitants du nord Cantal du 01 au 22 juillet 2013 dans le Cantal. Bulgares, français, ukrainiens, moldaves, italiens, arméniens, géorgiens et suédois font partie de l’aventure ! Cette année, les participants ont choisi de traiter le thème « Rural Citizen » : que signifie faire partie de l’Europe aujourd’hui ? De quelle manière envisageons-nous notre rôle de « citoyen » dans cette Europe si diversifiée, aux problématiques souvent complexes ?

Les participants ont trois semaines pour apprendre à se connaître, échanger et à travers différents ateliers, élaborer un projet autour de ces questionnements. Danse, théâtre, musique, d’autres activités encore rythmeront la rencontre qui donnera lieu à plusieurs représentations : le 13 juillet à Chalinargues, le 16 juillet à Menet et le 19 juillet à Riom es Montagnes.

Ce projet est mis en oeuvre dans le cadre du programme jeunesse en action de l Union Europeenne avec le soutien des collectivites locales, le conseil general du Cantal,  le conseil regional d Auvergne, le Pays Gentiane et le Pays Murat.

06/08/12

Les participants de « 100 voix pour l’Europe » terminent leur projet à St Rémy de Provence, où ils se joignent à une autre rencontre européenne impulsée par l’association CYME.

http://www.rencontres-saintremydeprovence.fr/

05/08/12

Après une journée de repos, les participants du projet « 100 voix pour l’Europe » se rendent à Saint Amandin pour une nouvelle représentation. Le spectacle devait être déambulatoire, mais une pluie battante nous oblige à concentrer les performances dans l’église du village.

Pour cette raison, le chant choral est mêlé au théâtre ou à la danse : des enfers aux récits familiaux, le public est plongé dans des interprétations extrêmement variées du thème de la mémoire.

Pour finir, Raphaël Callandreau chante « Monsieur le président » de Boris Vian, encerclé par l’ensemble des participants. Le public en fredonne doucement les paroles et la représentation se termine sous les applaudissements.

03/08/12

C’est le grand jour ! A 21h30 à Riom-ès-Montagnes, les membres du projet « 100 voix pour l’Europe » proposent un spectacle déambulatoire.

Dans l’église de Riom, ils reprennent le programme de chant choral donné à Chalinargues. Laurent Festas, directeur artistique d’Euroculture expose au public les enjeux de cette rencontre et présente la thématique de la mémoire. Avant de commencer le concert, il lit une lettre d’un soldat à sa femme pendant la première guerre mondiale :

« Verdun, le 18 mars 1916

Ma chérie, 

Je t’écris pour te dire que je ne reviendrai pas de la guerre. S’il te plaît, ne pleure pas, sois forte. Le dernier assaut m’a coûté mon pied gauche et ma blessure s’est infectée. Les médecins disent qu’il ne me reste que quelques jours à vivre. Quand cette lettre te parviendra, je serai peut-être déjà mort. Je vais te raconter comment j’ai été blessé. Il y a trois jours, nos généraux nous ont ordonné d’attaquer. Ce fut une boucherie absolument inutile. Au début, nous étions vingt mille. Après avoir passé les barbelés, nous n’étions plus que quinze mille environ. C’est à ce moment-là que je fus touché. Un obus tomba pas très loin de moi et un morceau m’arracha le pied gauche. Je perdis connaissance et je ne me réveillai qu’un jour plus tard, dans une tente d’infirmerie. Plus tard, j’appris que parmi les vingt-mille soldats qui étaient partis à l’assaut, seuls cinq mille avaient pu survivre. 

Dans ta dernière lettre, tu m’as dit que tu étais enceinte depuis ma permission d’il y a deux mois. Quand notre enfant naîtra, tu lui diras que son père est mort en héros pour la France. Et surtout, fais en sorte qu’il n’aille jamais dans l’armée pour qu’il ne meure pas bêtement comme moi. 

Je t’aime, j’espère qu’on se reverra dans un autre monde, je te remercie pour tous les merveilleux moments que tu m’as fait passer, je t’aimerai toujours. Adieu, 

Soldat Charles Guinant Antoine Favre-Félix »
La musique commence alors, dans le silence de l’église…
De nombreuses parties de solo sont interprétées par la jeune allemande Madeleine Hollmann. Elle étudie à l’école de musique et de théâtre de Felix Mendelssohn Bartholdy à Leipzig , et joue de la flûte depuis l’âge de six ans.

La dernière pièce chantée est accompagnée par Raphaël Callandreau, musicien chanteur, à l’accordéon. Il guide ensuite le public vers le prochain lieu du spectacle ; aux paroles hongroises se succèdent celles italiennes de « Bella Ciao ». Des promeneurs se joignent à ce cortège jusqu’à la Place du Monument. Celle-ci a été illuminée par des centaines de bougies. Les danseurs sont déjà en place, et attendent le départ de la musique. Le passage de l’enfer au paradis est accentué par un jeu de lumières.

Les danseurs invitent ensuite les spectateurs à allumer des bougies au pied du monument aux morts. L’émotion est palpable parmi les familles, les couples réunis autour du monument, encerclés par des jeunes venus de toute l’Europe.

Raphaël Callandreau emmène alors le public vers le prochain lieu de représentation : la Halle. D’abord serrés sur les bancs de l’église, puis debout sur la place, les spectateurs sont cette fois installés devant la scène. Débute le spectacle de théâtre de mouvements, une ambiance beaucoup plus intime que les prestations précédentes. Le public est pendu aux lèvres des jeunes filles racontant leurs histoires en turc, en anglais ou allemand. Les bruits subtils qui accompagnent ces récits nous plongent dans une atmosphère particulière : c’est notre histoire collective qui est ici représentée.

Intermède à l’accordéon : Raphaël Callandreau chante « A l’époque du papier ». Il y évoque avec humour et nostalgie un temps moins fictif, plus réel, où les pixels n’avaient pas encore remplacés l’encre et le papier.

Sur scène succède une petite pièce de théâtre. A partir de leurs histoires familiales  et d’improvisations, les apprentis comédiens ont mis en scène une histoire d’amour contrariée. Lors d’une cérémonie familiale, une jeune fille tente de faire accepter son amour mais celui-ci est rejeté. Il doit faire son service militaire –l’occasion d’une scène burlesque avec des comédiens transformés en d’authentiques tyrans !- et la jeune fille enceinte part le retrouver. Elle se perd dans une forêt menaçante ; le jeune homme rejette la gloire de ses exploits à l’armée et cherche à la rejoindre.

Ils se retrouvent enfin et leur enfant naît. Une des comédienne intervient alors : « Voilà l’histoire de ma naissance, et celle de tant d’autres encore », disant son nom, sa date et son lieu de naissance. Les autres font de même dans leurs langues maternelles.

Le spectacle se termine par une danse mêlant participants et public sous la musique de l’accordéon ; tous sont invités à la buvette de la Halle.

02/08/12

Si le thème de la mémoire a pris la forme de récits pour le groupe de mouvement, il a été interprété de manière très « spirituelle » dans les ateliers de chant et de danse. Le chef de chœur Johan Farjot répète ainsi, à propos des pièces de Fauré : « Attention, ne soyez pas dans le sentiment, ne soyez pas trop « humains » ! Vous n’êtes que les messagers de paroles antiques : « Aaave Mariaa », quelque chose de pur, d’intemporel. »
Quant aux danseurs, ils se sont inspirés des improvisations des jours précédents pour inventer une chorégraphie en trois parties : les enfers, le purgatoire et le paradis.

La partie des enfers est encadrée par Reynaldo Santiago, mexicain et danseur contemporain. Les jeunes sont recroquevillés au sol tandis que la musique débute ; cinq coups de cloche résonnent, et c’est alors que les danseurs sont comme soulevés malgré eux, puis rejetés à terre. Leurs mouvements saccadés semblent guidés par une force qui leur échappe. Ils se mettent à genoux, dans une posture de supplication. Trois d’entre eux incarnent des diables qui, après avoir toisé les suppliciés, les projettent au sol d’un geste implacable. Tous se retrouvent ensuite à terre et se réunissent en une masse grouillante : un fleuve sanglant.. Ils se réunissent alors en une forme plus circulaire et enchaînent une série de mouvements à intervalles réguliers.

L’épisode du purgatoire est encadrée par Geovanni Ortega , également mexicain et danseur contemporain. Reprenant l’imaginaire traditionnel de son pays qui établie une connexion entre âmes humaines et animales, les corps des participants se meuvent différemment : on reconnaît ici ou là une panthère, un élan, un éléphant. Peu à peu, les danseurs trouvent un partenaire qu’ils apprivoisent jusqu’à monter sur leur dos. Ils adoptent maintenant des postures de prédateurs, et s’avancent lentement vers le public.
Une fois debout, leurs mouvements se font plus fluides. Dans ce moment de l’entre-deux, les corps hésitent. Ils sont comme aspirés de la tête vers le buste, et entament une course jusqu’au bout de la scène, aussitôt interrompue car aspirés de nouveau dans une autre direction.


Le final « le paradis », a été encadré par Caroline Lemière, danseuse classique qui participe depuis six ans aux rencontres européennes. Cette fois, les membres des danseurs ne sont plus attirés violemment vers le sol ou dans des directions incertaines. Il leur faut tendre vers l’élévation : en pointes, les mains vers le ciel. Les danseurs se divisent et marchent dans des directions différentes : mais cette fois ils se rencontrent, se touchent et forment une ronde. En une gradation rythmée avec la musique Miserere d’Allegri, ils marchent courbés, droits et puis sur demi-pointes. Ils forment enfin deux files et quittent la scène, mimant une cérémonie et une série d’offrandes au monument au morts.  « Je voulais que ça ait une dimension vraiment spirituelle mais pas religieuse, malgré l’influence de la musique. Que ça nous projette dans un monde irréel, en apesanteur : à la fin, les danseurs doivent faire des portés rotatifs très lents. Ca me faisait penser aux statues de Rodin. »